Quelques mots sur le Tantra

Le Tantrisme ou Tantra reste un des courants le plus mystique par son mystère et par la magie qui entoure ses pratiques et ses principes.

Le Tantra n’a pas pour vocation de soigner ou de guérir. C’est à travers la pratique que des guérisons adviennent, bien que des rituels de guérison soient souvent proposés, en amont des exercices tantriques.

L’apport du sacré dans la rencontre intime est un axe réparateur et inspirant.
Un des rituels plus significatif de la pratique tantrique est de se connecter au plus profond de soi, à sa partie divine, la reconnaître, pour saluer le sacré en l'autre.

Ce sont la Déesse et le Dieu qui pratiquent le yoga tantrique.
L'acte sexuel devient une méditation à deux. À ce moment là, la sexualité devient voie d'accès à la transcendance.
L'initié tantrique ramène à la conscience chacun de ses gestes, mouvements, respiration.

La force du désir donne une impulsion. Cette force est une énergie utilisée, un mouvement, une création, le maîtriser mais non l’annihiler est la voie du Tantra : aller avec le désir dans le désir sans jamais se quitter soi-même : c’est l’extase sans fin.

L’extase nous aligne dans la béatitude, et nous amène dans le trans… (Transcendance, transmutation, transfiguration etc.) au travers du corps physique. Accepter le désir sans qu’il affecte notre état : observer.
Il ne s'agit pas de faire plaisir à l'autre ; c’est un retour à soi uniquement. Rien n'est voulu, “tenu”, dans le sens d'un acte volontaire et d'une réussite à obtenir. C’est un niveau vibratoire différent et un changement d’état de conscience.

Nous vivons tous des moments d’extase très forts, si bons, si magnifiques ! Mais nous nous y perdons, nous nous identifions à cela. L’extase devient une émotion alors qu’elle est beaucoup plus que cela : c’est une porte immense pour passer de l’autre côté du moi, dans les plans de l’invisible, l’indicible, le non manifesté, le tout ; parce que nous sommes cela.

Ensuite, intégrer est accepter l’expérience non pas comme un moment rare, mais comme une partie de soi qui est reconnue : vivre sa divinité simplement.
L’esprit du Tantra
QU’APPORTE LE TANTRA AUJOURD’HUI ?
La pratique de la sexualité est plutôt consommatrice et limitée : l’image véhiculée en occident de la sexualité est une histoire de positions et d'orgasmes et la sexualité est vécue comme une pratique à « faire » et non à « être ». Elle est transmise de cette façon à travers les livres érotiques, les films, les magazines (faire du sexe oral, faire jouir sa ou son partenaire) à la recherche de techniques.
Après l’orgasme, un temps de repos et de relaxation arrive : la consommation est accomplie, les partenaires sont « repus » jusqu'à ce que la « faim » revienne…Certains pressentent qu’il peut y avoir autre chose…
En plus ? En mieux ? Différent.
Pour passer du faire à l’être, il s'agira de changer les informations cognitives, comportementales, psychologiques et corporelles ! C’est ce que propose la voie tantrique aujourd’hui, dans un chemin de développement personnel et spirituel.

Le Tantra permet de traverser ses traumas s’il y a, et de réconcilier l’âme avec la sexualité. Ensuite, chacun, chacune porte sa vigilance au respect de soi et de l’autre dans l’intime et aussi dans les relations.

Un autre élément – clé du tantrisme occidental – est le « cadre » posé au cours d’un stage.
Pourtant, ce qui était probablement le plus significatif dans cette période, était l'introduction du yoga à l'union, des pratiques que les hommes et les femmes pouvaient faire ensemble afin de transformer leurs énergies éveillées par l'union sexuelle, en un état subtil de conscience, de sagesse et de béatitude.

Les deux partenaires tantriques se rencontrent non comme deux personnes naturelles, mais plutôt comme deux déités :

l’homme « voit » la femme comme une déesse
la femme « voit » l’homme comme un dieu.

En unissant le sceptre de diamant « le phallus » et le lotus « le vagin », ils se font une offrande l’un à l’autre », lisons-nous dans une citation d’un tantra (Shaw, 1994, p. 153).
La relation sexuelle est fondamentalement ritualisée : chaque regard, chaque caresse, chaque forme de contact reçoit un sens symbolique. »
Pour en savoir un peu plus : « Le Tantra, horizon sacré de la relation » Jacques Lucas & Marisa OrtolanÉditions le Souffle d’Or.
Extrait d’un article de C. Hamilton sur Miranda Shaw :
« Se fondant sur une étude exhaustive des textes essentiels du tantrisme en langue originale et de recherches durant 2 ans ½ sur le terrain en Inde et au Népal, la chercheuse et scientifique Miranda Shaw présente un réexamen de la pratique tantrique, avec une démonstration très simple : en plus de servir au progrès spirituel des hommes, le but du tantra était aussi l'éveil des femmes.

En fait, Miranda Shaw découvrit que pour les pratiquants masculins sérieux du tantra, la femme doit être honorée et vénérée comme celle qui apporte l'éveil au monde.

Ce qui fut ajouté alors est l'incorporation d'un certain nombre de techniques yogiques, des manières spécifiques de diriger la respiration et les énergies intérieures du corps tirées de la connaissance plus large du yoga en Inde.

Beaucoup d'éléments rituels étaient incorporés également, ainsi que des techniques magiques et des danses.
UN PEU D'HISTOIRE
Dans mes recherches sur les origines du Tantra, je me suis aperçue que la naissance du tantrisme est difficile à situer dans le temps.

« La rareté des documents datables dont on dispose, surtout pour la période ancienne, ne permet pas de faire l’histoire du tantrisme ».
André Padoux, Encyclopædia Universalis, 1996.

Pour Daniel Odier, spécialiste du bouddhisme et du tantrisme, le tantrisme est « né il y a plus de sept mille ans dans la vallée de l’Indus ».
Tantra, la dimension sacrée de l’érotisme, 1996.

En 1923, fut découverte puis exhumée Mohenjo-Daro, une cité de plus de 5000 ans. Elle a laissé les traces d’une société où l’homme et la femme étaient égaux, se considérant comme co-créateurs, dieu et déesse.
Cette petite communauté humaine de la vallée de l’Indus, a choisi un autre mode de vie que celui du matriarcat ou patriarcat.
Leur mode de vie fut défini comme tantrique.
André Van Lysbeth, Le culte de la féminité, 1988.

Il est dit aussi, dans certains courants du bouddhisme, qu’il fut implanté en Inde puis au Népal, dans la vallée de Katmandou vers le VIème / VIIème siècle après JC.

On rencontre des cultes tantriques dans les écoles shivaïtes ou shaktistes, dans le bouddhisme mahâyâna et dans le bouddhisme tibétain, le Vajrayana*. Les écrits sur la pratique tantrique, les tantras, sont de magnifiques textes poétiques où la pratique tantrique est transmise par des métaphores.
Chaque école va interpréter, traduire ces métaphores suivant l’enseignement qu’elle privilégie.
Nous trouvons des écoles qui se disent du « Tantrisme de la Main Droite » ou du « Tantra Blanc », et d’autres qui se disent du « Tantrisme de la Main Gauche » ou du « Tantra Rouge ».

Le Tantra Blanc est uniquement fondé sur le symbolisme et des pratiques de méditation, respiration n’incluant en aucune manière le maithuna (pratique sexuelle avec un ou une partenaire).

Selon la vision du Vajrayana*, tous les phénomènes de l’univers sont reliés l’un à l’autre par les liens de l’amour érotique.

Cet amour est la grande force de vie, le prana qui circule à travers le cosmos, la libido cosmique.
Le pratiquant est convaincu que la relation amoureuse entre un principe féminin et un principe masculin (yin–yang) se trouve à l’origine de toutes les autres expressions d’amour et que cette origine peut être revécue et répétée d’une manière microcosmique dans l’union sexuelle.
Il s’agit d’une rencontre entre homme et femme, dans laquelle tous deux se sentent le cœur de l’Être, en tant qu’« amour sexué mystique ».

Le mystique et gourou Osho (Bhagwan Shree Rajneesh 1931-1990) a enseigné le tantra et écrit de nombreux ouvrages sur cette pratique. Dans son université à Poona (Inde), des ateliers de Tantra permettaient de s’initier aux pratiques tantriques, au yoga tantrique.
Cet art de l’amour fut exporté vers l’occident par, entr’autres, Margo Anand, qui a proposé les premiers séminaires de Tantra en France (son livre référence est « L’art de l’extase sexuelle », 1994).

Je mentionne également le maître tantrique australien Barry Long qui invite au non-faire total dans l’acte sexuel pour n’être que totalement dans l’Être.
« Faire l'amour de manière divine », 1995.

Cette pratique se répand peu à peu dans le Tantra pratiqué en occident.

Je conseille aussi les livres « Laisser faire l’Amour » de Stephen Vasey, « Slow Sex » de Diana Richardson et « Karezza, l’Art de l’Amour » de J. William Lloyd.
* Ce qui a été écrit sur le bouddhisme vajrayana a été tiré du livre « The Shadow of the Dalai Lama » (L’ombre du Dalaï-lama, sexualité, magie et politique dans le bouddhisme tibétain), Victor & Victoria Trimondi.
(Le chapitre sur le vajrayana a été traduit par Franz Destrebecq).
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